Cloud souverain français : acteurs et qualifications

Des infrastructures soustraites aux législations extraterritoriales, qualifiées par l'ANSSI.

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Le cloud souverain désigne des infrastructures dont l'exploitant échappe aux législations extraterritoriales, en particulier américaines. La localisation des serveurs en Europe n'y suffit pas : c'est la nationalité et le capital de l'exploitant qui déterminent le droit applicable.

En France, la qualification SecNumCloud délivrée par l'ANSSI constitue le principal repère.

12 hébergeurs référencés sur ce segment

Tableau complet des hébergeurs que nous avons recensés. Les tarifs sont des prix d'appel : le montant au renouvellement est souvent supérieur.

Hébergeurs pour Cloud souverain
HébergeurPaysDatacenter principalLien vers l'offre
IkoulaFranceReims (France)Voir l'offre
InfomaniakSuisseGenève (Suisse)Voir l'offre
OVHcloudFranceRoubaix (France)Voir l'offre
ScalewayFranceParis (France)Voir l'offre
Clever CloudFranceFranceVoir l'offre
Jaguar NetworkFranceMarseille (France)Voir l'offre
ScalingoFranceFranceVoir l'offre
3DS OUTSCALEFranceFranceVoir l'offre
Cloud TempleFranceFranceVoir l'offre
CoreyeFranceFranceVoir l'offre
NumSpotFranceFranceVoir l'offre
Oceanet TechnologyFranceNantes (France)Voir l'offre

Le problème que la souveraineté cherche à résoudre

L'idée reçue est que stocker ses données en Europe suffit à les mettre à l'abri. C'est faux, et c'est tout l'objet de ce sujet. Une législation adoptée aux États-Unis en 2018 permet aux autorités américaines de demander à un fournisseur soumis au droit américain de communiquer des données qu'il détient, quel que soit le pays où elles sont stockées.

Autrement dit : une filiale européenne d'un groupe américain, exploitant un datacenter à Paris, reste dans le champ de cette obligation. Le critère déterminant n'est pas la géographie du serveur, c'est la nationalité et le contrôle capitalistique de l'exploitant.

S'y ajoute une difficulté de droit européen : les transferts de données personnelles vers les États-Unis ont fait l'objet de plusieurs cadres successifs, dont deux ont été invalidés par la Cour de justice de l'Union européenne. Cette instabilité juridique est en elle-même un risque pour une organisation qui construit son système d'information dessus.

Pour un site vitrine, un blog ou une petite boutique, ce débat n'a aucune conséquence pratique. Il devient déterminant dès qu'il s'agit de données de santé, de données scolaires, de données publiques ou de secrets industriels.

La qualification française, et ce qu’elle exige

La France dispose d'un référentiel de qualification délivré par l'agence nationale chargée de la sécurité des systèmes d'information. C'est le repère le plus exigeant du marché, et le seul qui traite explicitement la question de l'immunité aux législations extraterritoriales.

  • Des exigences techniques de sécurité portant sur le chiffrement, le cloisonnement, la journalisation et la gestion des accès.
  • Des exigences organisationnelles sur la localisation des données et des équipes d'exploitation, ainsi que sur les procédures internes.
  • Des exigences capitalistiques, qui limitent le contrôle exerçable par une entité soumise à un droit extraterritorial. C'est ce point qui distingue cette qualification d'une simple certification de sécurité.
  • Un audit par un organisme tiers, renouvelé, et non une déclaration du fournisseur.

La qualification porte sur un service précis, pas sur une entreprise entière. Un fournisseur peut être qualifié sur une offre et pas sur le reste de son catalogue. C'est le point le plus souvent mal compris, et celui qui produit le plus de malentendus dans les appels d'offres.

Ne vous fiez pas à un logo sur une page de vente. Demandez quel service précis est qualifié, sous quelle version du référentiel, et jusqu'à quelle date. La liste officielle des qualifications est publique et fait autorité.

Le compromis à accepter

Choisir un cloud souverain se paie, et il est plus honnête de le dire que de prétendre l'inverse. Trois contreparties sont réelles.

Un catalogue de services plus étroit

Les très grands fournisseurs américains proposent plusieurs centaines de services managés, dont beaucoup n'ont aucun équivalent européen. Si votre application repose sur l'un d'eux, la migration n'est pas une reconfiguration, c'est une réécriture.

Des tarifs généralement supérieurs

L'échelle n'est pas la même, et les exigences de qualification ont un coût d'exploitation. L'écart se réduit sur les services de base, il reste marqué sur les services les plus spécialisés.

Un écosystème moins fourni

Moins de documentation communautaire, moins d'outils tiers compatibles, moins de profils déjà formés sur le marché du travail. Ce coût-là n'apparaît sur aucun devis, et il est réel.

En face de ces trois points, une organisation soumise à une obligation réglementaire n'a pas vraiment le choix, et la question ne se pose pas en termes de confort. Une organisation qui ne l'est pas doit arbitrer honnêtement.

Les montages intermédiaires, et ce qu’ils valent

Entre le cloud américain et le cloud pleinement souverain se sont développées des offres hybrides, généralement construites par une société européenne qui exploite sous licence la technologie d'un grand fournisseur américain. L'argument commercial est séduisant : la richesse fonctionnelle de l'un, l'indépendance juridique de l'autre.

Ces montages font l'objet d'un débat nourri, et il vaut mieux le connaître que le découvrir après avoir signé. Leurs promoteurs soutiennent que la structure capitalistique et les procédures d'exploitation suffisent à écarter toute obligation extraterritoriale. Leurs détracteurs objectent que la dépendance technologique reste entière, et qu'une dépendance technologique se transforme tôt ou tard en dépendance tout court.

Il n'y a pas de réponse tranchée à donner ici, et ce serait malhonnête de faire semblant. Le critère pratique reste le même : si votre obligation porte sur une qualification précise, vérifiez que l'offre la détient effectivement. Si elle porte sur une appréciation de risque, lisez les deux camps avant de décider.

Une question simple, souvent éclairante : que se passe-t-il pour votre service si, demain, la relation entre l'exploitant européen et le fournisseur de technologie cesse ? Si la réponse est « il s'arrête », vous savez où se situe réellement la dépendance.

À qui cela s'adresse

  • Secteur public
  • Santé et données sensibles
  • Secteurs réglementés

À éviter dans ces cas

  • Sites web classiques
  • Projets personnels

Budget à prévoir : Sur devis, positionnement entreprise

Les hébergeurs à connaître

Ikoula

FranceFrançaisCloud souverainMutualiséVPSServeur dédié

Hébergeur français historique disposant de ses propres datacenters, positionné sur le mutualisé, le VPS, le dédié et le cloud privé.

Reims (France)· depuis 1998

Infomaniak

SuisseÉcologiqueFrançaisMutualiséVPSCloud

Hébergeur suisse indépendant, référence de l'hébergement écoresponsable et de la confidentialité des données.

Genève (Suisse)· depuis 1994

OVHcloud

FranceFrançaisPas cherMutualiséVPSServeur dédié

Premier hébergeur européen, catalogue très large du mutualisé d'entrée de gamme au cloud public et au bare metal.

Roubaix (France)· depuis 1999

Scaleway

FranceFrançaisCloud souverainVPSServeur dédiéCloud

Cloud français du groupe Iliad, orienté développeurs : instances, bare metal, Kubernetes et services managés.

Paris (France)· depuis 1999

Questions fréquentes

Héberger en Europe suffit-il ?

Non, et c'est tout l'objet du sujet. Une filiale européenne d'un groupe américain reste soumise aux obligations de communication du droit américain, y compris pour des données stockées à Paris. Le critère déterminant est la nationalité et le contrôle capitalistique de l'exploitant, pas la géographie du serveur.

La qualification porte-t-elle sur toute l'entreprise ?

Non, sur un service précis. Un fournisseur peut être qualifié sur une offre et pas sur le reste de son catalogue. C'est le malentendu le plus fréquent dans les appels d'offres : demandez quel service exact est qualifié, sous quelle version du référentiel et jusqu'à quelle date.

Mon site vitrine est-il concerné ?

Non. Ce débat devient déterminant pour les données de santé, les données scolaires, les données publiques et les secrets industriels. Pour un blog ou une petite boutique, il n'a aucune conséquence pratique.

Que valent les offres hybrides sous licence américaine ?

Elles font l'objet d'un débat nourri, sans réponse tranchée. Une question pratique aide à se situer : que devient votre service si la relation entre l'exploitant européen et le fournisseur de technologie cesse ? Si la réponse est qu'il s'arrête, vous savez où se situe la dépendance réelle.

Le cloud souverain coûte-t-il plus cher ?

Généralement oui, et l'écart se réduit sur les services de base. S'y ajoute un coût invisible : moins de documentation, moins d'outils tiers compatibles et moins de profils formés sur le marché du travail. Une organisation soumise à une obligation réglementaire n'a pas ce choix à faire.

Un hébergeur français est-il automatiquement souverain ?

Non. La souveraineté suppose que l'exploitant ne soit pas soumis à une législation extraterritoriale et, dans le cadre français, qu'il réponde aux exigences de la qualification SecNumCloud.